EX NIHILO


Ex Nihilo est un projet que  j’ai initié il y a quelques années et qui prend son essence au cœur de la  Nature. Dans la Nature, toute chose possède une structure et une enveloppe  externe, la structure y est donc omniprésente, des squelettes de mammifères aux  racines et tiges des plantes. Certaines espèces animales présentent des  particularités fascinantes telles que le Radiolaire dont le squelette  est  à  l’extérieur du corps. La Nature est une mine d’inspiration prodigieuse dont je  ne me lasse pas de découvrir les curiosités…

Le nom de mon projet vient de  l’expression « ex nihilo nihil fit »  qui signifie « rien ne vient de rien ». Je voulais rappeler que nous  ne faisons que reproduire ce que la Nature fait depuis tout temps, que l’on  s’en inspire consciemment ou non, tout y existe déjà « rien ne vient de  rien ».

En tant qu'architecte d'intérieur - designer - plasticienne  j’ai  toujours été attirée par certains matériaux étonnants ou insoupçonnés, ceux  dont les idées reçues sont tenaces et essayer de les détourner pour les faire  sortir de leurs carcans. Le spaghetti est fondamentalement réservé à la  cuisine, et dans l’imagerie collective il apparaît comme fragile, ces  deux  raisons m’ont poussé à vouloir l’utiliser. D’autre part j’aime ses  caractéristiques : filaire, il dispose d’une certaine souplesse dû à sa finesse tout en restant  rigide et se fractionne facilement.

Dans mes expérimentations je  le désirais solide, structuré, un peu à l’inverse de ce qu’il devient une fois  cuit, alors j’ai décidé de le monter en structure, les fixant les uns aux  autres, créant des sortes de polygones dont les particularités rendent le  spaghetti résistant. Et puis j’ai commencé à penser le concept d’Ex Nihilo en  ne regardant pas uniquement la structure, mais plus le vide qu’elle laissait  apercevoir derrière elle. La structure retravaillait l’espace autour et en  elle. L’idée m’est alors venue de retravailler le corps humain, le détourner,  changer le regard qu’on a de lui en le masquant le moins possible.

Le corps humain comme support  de création donne des résultats très intéressants ; la manière dont nous  le  percevons change en fonction de ce qu’il porte, vêtements, accessoires. L’environnement  dans lequel il se trouve le métamorphose. J’ai donc choisi de limiter les  sources de transformations de sa perception en ne travaillant que sur des  mannequins peints en noir, sur fond noir uni. Les effets de lumière et fumée  sont là pour soutenir les émotions que j’ai voulu véhiculer par mon travail. 

Le choix des lignes et la position des intersections de mes structures fait appel à différentes parties du squelette humain, les soulignant et les déformant pour créer robes et accessoires cunéiformes, mes structures sont en quelque sorte un exosquelette du corps humain que j’aurai modelé selon mes envies. 

Je vois aussi mon travail  comme un essai sur la perception des proportions : la barbe et la crête  sont intentionnellement disproportionnées à cet effet. On pourrait aussi rapprocher  comme référence, en restant dans la thématique des proportions, le  croquis : une technique souvent utilisée qui consiste à dessiner très  rapidement par de grands axes les proportions d’un modèle avant d’en commencer  le dessin et les détails, comme un croquis de nu.

L’aspect qui m’a demandé le  plus de technique, c’est l’équilibre de mes œuvres. Je ne dessine pas avant de  me  lancer dans mes créations, et je monte mes structures directement sur le  modèle. La gravité a été ma plus grande adversaire, car il fallait qu’à chaque  étape du montage elle soit stable pour ne pas me faire perdre des heures de  travail. Gérer à la fois la créativité et les contraintes techniques était très  excitant mais complexe.

A l’avenir j’aimerai porter ce projet encore plus loin, pour l’instant mes structures sont très organisées, souvent symétriques ; j’aimerai casser ces restrictions et laisser libre court à mes expérimentations, quitte à abandonner le principe de support et repartir sur un habillage de l’espace, et dans des proportions plus importantes, jusqu’à expérimenter les limites de ce matériau.